Odontologie et Low cost (2)

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Odontologie et low-cost

En ces années de mondialisation, les cabinets dentaires sont en pleine révolution, la vision de l’exercice de la profession en plein remaniement, alors qu’un nouveau concept est apparu en France et chez certains de nos homologues européens, les centres de santé low- cost spécialisés dans les soins dentaires.

En Europe, la France, l’Allemagne, la Suisse et l’Espagne ont vu en quelques années fleurirent des cliniques dentaires low-cost. Au travers de cet essor, se dessine un profond mal être de la population, la France n’étant pas la seule à connaître des difficultés en matière de santé.

En Suisse, le marché est aussi en plein essor, nombreux sont les articles traitant le sujet.

Reprenons le cas de la France où ces centres sont désormais bien connus… et au centre de l’actualité. Leur implantation varie selon la structure qui les porte : mutuelle, collectivité locale ou association. En 2013, ils représentaient 5 % de l’offre totale de soins dentaire sur le territoire français.

A côté des centres dentaires mutualistes et municipaux, un troisième type de structure, ceux qui défrayent la chronique, les centres dentaires de type associatif à but non lucratifs dits low-cost, a multiplié ces dernières années les ouvertures. Si le mouvement low-cost au sens large est survenu dans notre profession de façon lente et croissante, il a pris son essor en même temps que l’arrivée des professionnels de coaching dans le monde dentaire. Les chirurgiens-dentistes peuvent à présent suivre des formations dans le but d’apprendre les méthodes et les stratégies qui permettent de rentabiliser au mieux leur cabinet et faire accepter les traitements proposés.

Depuis 2009, l’éclosion des centres dentaires low-cost se fait essentiellement dans les plus grandes agglomérations françaises. Les promoteurs ont décidé de reprendre le modèle d’organisation des cliniques dentaires à l’étranger pour diminuer le prix des prestations de soins : sont proposés des forfaits implants-couronnes à moitié prix de la moyenne pratiquée par les chirurgiens-dentistes libéraux.

Le précurseur de ce mouvement en France est Patrice de Montaigne de Poncins, fondateur du premier centre dentaire géré par une association à but non lucratif « Addentis », ouvert à Bondy en 2009. Ont suivi les centres de la même association à Aubervilliers et Bobigny, toujours dans le département de la Seine-Saint-Denis particulièrement touchés par la précarité sanitaire. L’un de ses anciens associés, Pascal Steichen, au centre de l’actualité du moment, a ouvert à cadence régulière sur le même modèle ses propres centres dentaires à bas prix sous l’appellation « Dentexia », association elle aussi à but non lucratif. Les centres dentaires de l’association « Dentexia » ont d’abord élus domicile dans la région lyonnaise : le premier dans le 6e arrondissement de Lyon (à proximité du parc de la Tête-d’Or dans un ancien cabinet libéral), le second dans le quartier des hôpitaux (à Grange- Blanche au cinquième étage de la clinique privé « Natecia »). Un troisième a ouvert à Vaulx- en-Velin, en périphérie lyonnaise, dans un local de 300 mètres carrés où exercent six chirurgiens-dentistes omnipraticiens et trois spécialistes en implantologie. Puis l’association Dentexia, leader du marché low-cost en odontologie, s’est tournée vers Chalon- sur-Saône en Bourgogne.

Depuis, les centres dits low-cost gérés par diverses associations telles que Dentifree, Dentalvie, Dentego, Dentalya, Cosem se sont installés à Paris et sa petite couronne, Lille, Aix-en-Provence, Lambersart, Aubagne, Cabestany…..

Dès leur ouverture, les nouveaux centres connaîtraient, selon leurs dirigeants, un franc succès et ne désempliraient pas, et cela à grand renfort de publicité. Les centres revendiquent leur statut d’association à but non lucratif et leur objectif social. Un objectif diffusé dans les médias et sur le site internet de Dentexia, qui dit vouloir « mettre la santé bucco-dentaire à la portée de tous, en pratiquant des prix près de trois fois inférieurs à ceux couramment constatés ». Leur initiative est présentée comme un bienfait pour les patients et pour les praticiens. L’avantage pour le praticien serait d’être salarié et de se consacrer entièrement aux soins dentaires; l’avantage pour les patients seraient les prix « low-cost ».

En effet, les patients français accordent une confiance particulière à leur chirurgien-dentiste. Selon le dernier baromètre établi par l’institut Viavoice pour le Groupe Pasteur Mutualité, 88% disent « avoir toute confiance en leur praticien ». 91% des Français disent « avoir une bonne image de leur chirurgien-dentiste » d’après une étude Ifop publiée pour Webdentiste et l’UFSBD. Un constat qui peut expliquer l’engouement plus important des patients vers l’offre locale low- cost.

Regardons quelques cartes : :

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 La majorité des cliniques dentaires low-cost  est établie dans des zones dites urbanisées socialement favorisées à proximité des services de soins en sous-mortalité.

La majorité des cliniques est établie dans des départements où la proportion de CMUtistes de base par rapport à la population est comprise entre 3 et 6,7 % (soit la proportion la plus importante). 

Concernant la CMU complémentaire, une majorité des cliniques est établie dans des départements où la proportion de CMUtistes complémentaire par rapport à la population générale est comprise entre 6 et 11 % (soit la proportion la plus importante).

 La majorité des cliniques se trouve dans des régions où la densité de professionnels en activité comprise entre 67 et 89 praticiens pour 100 000 habitants (soit la densité maximale).

Des cliniques sont localisées dans des départements où la densité de professionnels en activité pour 100 000 habitants est comprise entre 100 et 113.5 (soit la densité maximale) et d’autres entre 59 et 72.5.

 La majorité des cliniques est située dans des zones dites sur-dotées en chirurgiens- dentistes (soit la densité maximale).

Une association de consommateurs a réalisé un autre travail comparatif sur les honoraires de soins réalisés dans diverses villes françaises. L’association 60 millions de consommateurs a mis en évidence une variation des honoraires de soins dentaires selon les villes où ils sont pratiqués.

Les villes les plus onéreuses concernant la pose d’une couronne céramo-métallique se trouvent être : Paris, Boulogne-Billancourt (situé en région Ile-de-France) et Aix-en-Provence (situé en Provence- Alpes-Côte-D’Azur). En l’occurrence, des villes où ont ouvert des centres dentaires low-cost.

A contrario, les villes les moins onéreuses sont Nîmes, Perpignan et Clermont-Ferrand : jusqu’à il y a peu, les CSD low-cost n’étaient pas intéressés par ces zones, mais maintenant, ils commencent à s’y installer : Dentalvie et Ariane à  Cabestany ( banlieue de Perpignan) par exemple; il faut dire concernant Cabestany que ce village qui jouxte Perpignan se trouve dans une zone ou la proportion de CMU-tiste est la plus importante;

Au vu de ces résultats, nous observons que les promoteurs ont l’air de s’établir dans des zones les plus dotées en CMUtistes que ce soit de base ou complémentaire. En effet, cette population constitue bien une manne financière importante. De même, les zones d’implantation sont pour la plupart bien dotées en chirurgiens- dentistes, urbanisées et socialement favorisées. Les patients disposent donc d’un large choix de praticiens. Ces derniers sont donc soumis à une concurrence certaine (ce que recherchent les centres pour fonctionner) ; le secteur répond ainsi à la loi de l’offre et la demande. Au vue de la modicité des honoraires de soins dentaires et de la rapidité de réalisation des plans de traitement ( trop rapide diront certain), les patients sont plus susceptibles de se tourner vers la pratique low-cost. La potentielle patientèle peut être issue de toutes les classes sociales, disposer de faibles ressources financières ou au contraire de ressources importantes mais souhaitant réaliser des économies.

Pour finir, selon le constat relaté par l’association 60 millions de consommateurs, les créateurs des centres dentaires low-cost ont d’un point de vue stratégique visés les zones où les honoraires de soins dits hors nomenclature et à honoraire libre sont les plus élevés en France (Paris, Boulogne-Billancourt, Aix-en-Provence, PACA). Par conséquent, les tarifs pratiqués ont un impact majoré et sont susceptibles d’attirer un nombre croissant de patients…. jusqu’à ce que les patients comprennent que  » le PAS CHER , c’est toujours TROP CHER », comme le dit le dicton.

source: BUPHA TD 2014