Le diagnostic esthétique (I) : Le nombre d’or et le sourire

image

Le nombre d’Or est une proportion dont la valeur est de 1,618. L’histoire de cette proportion a débuté à une période de l’antiquité, qui n’est pas connue avec certitude; la première mention connue du nombre d’Or apparaît dans les Éléments d’Euclide. C’est en 1509 que Luca PACIOLI publie un livre intitulé “Divina proportione” qu’il fit illustrer par LEONARD DE VINCI. Le Nombre d’Or est alors oublié pendant près de 200 ans ! Puis, en 1850, le professeur en philosophie à Leipzig et à Munich, Adolf ZEYSING, redécouvre la divine proportion, mais en insistant cette fois-ci sur la connotation esthétique. Il est l’« inventeur de la section d’or admise comme norme esthétique ». La section d’or va devenir pour lui le critère qui gouverne la beauté. Il énonce le théorème principal en 1854 qui « codifie le beau » : “Pour qu’un tout partagé en deux parties inégales paraisse beau du point de vue de la forme, on doit avoir entre la petite partie et la grande partie le même rapport qu’entre la grande et le tout”. ZEYSING avait trouvé la relation scientifique de la beauté !

image

Le nombre d’or, le visage et le sourire

Ainsi, en Allemagne du début du 19° siècle, se développe un important courant de pensée visant à développer l’esthétique comme science distincte et indépendante.  Dès 1874, Charles HENRY propose un compas d’Or à 3 branches, et dont l’écartement de mesure permet de toujours se situer à la « proportion dorée ».

Des auteurs contemporains célèbres comme E. et D. MAHON, JEFFERSON, RICKETTS, AMORIC et DELAIRE, pour ne citer qu’eux, publient sur la participation réelle du Nombre d’Or dans la face harmonieuse et équilibrée.

Si le Nombre d’Or intéresse le visage et la face, Des auteurs ont pensé qu’il pourrait aussi intervenir dans le sourire.  Ils se sont aperçus que lorsqu’un sourire est attirant, harmonieux et équilibré, c’est que son positionnement dans la face s’établit selon la proportion du Nombre d’Or. Continuant leurs recherches, ils se sont intéressés à la position des dents sur les mâchoires pour que le sourire résultant soit précisément attirant, harmonieux et équilibré. Ils ont pu déterminer ainsi un niveau de positionnement des dents dans le sens vertical, pendant le sourire. Ce niveau s’obtient en utilisant le compas d’Or.

Voici deux vidéos très intéressantes et bluffantes:

Il est possible de trouver le compas d’Or soit chez PANADENT, soit chez STYLEITALIANO.

image

Intéressons nous maintenant aux travaux de LEVIN, qui date de 1978:

LEVIN avait fait des mesures sur la bouche de patients sur des échantillons de grande importance pour  les proportions des dents: il en avait conclu que les dents respectaient la règle du nombre d’Or;

il a constaté que la mesure d’un hémisourire (philtrum jusqu’à la commissure) nous donne les proportions d’un demi bloc antérieur ( du milieu interincisive à la face discale de la canine vue de face): soit 61,8% de l’espace de l’hémisourire. Il a ensuite constaté que l’incisive centrale représente 31% d’un hémisourire.

Ensuite, il a  observé le bloc incisivo-canin et a constaté que la canine fait en général 61,8% de la largeur de la latérale qui fait elle-même 61,8% de la largeur de la centrale.

image

Conséquence : si le rapport d’une canine-latérale est égale au nombre d’or, la face distale de la canine ne doit pas être visible sur la face vestibulaire.

Cette méthode nous permet dans le cas d’un édentement antérieur de grande étendue d’avoir par rapport à la ligne médiane des proportions de dents, des gabarits dans le sens de la largeur.

Ratio entre largeur et hauteur:

Le problème est que ces méthodes basées sur le nombre d’Or sont parfois un peu  éloignés de la vérité et des standards cliniques que l’on peut observer dans nos cabinets.

En effet parallèlement à LEVIN dont les travaux datent de 1978, SHILLINGBURG en 1972 à fait des  sur ces proportions et en arrivait  des résultats quelques peu différents font maintenant référence puisque confirmés par les travaux de CHICHE et DICKERSON dans les années 1990 où il obtient ces chiffres qui aboutissent à des ratios largeur-longueur:

 

image

P.Magne et U.Belser trouvent quant à eux un rapport de 86%.

Il est intéressant de garder ces valeurs en tête pour prévoir des wax-up qui correspondent  ce que l’on trouve dans la nature: on remarque la différence des ratios qui ne correspondent pas aux 61,8% du nombre d’Or.

En résumé, la proportion de l’ incisive centrale doit être d’environ 80% ( entre 75 et 86%).

Rapport dento-dentaire optimal

Ce qui est primordial, c’est de respecter la SYMÉTRIE de volume des 2 côtés de la ligne médiane du visage.

Ceci étant dit, le rapport dento-dentaire optimal entre les incisives centrales, les latérales et les canines est régi par des règles empruntées au principe de dominance et de rythme.

Principe de dominance

Frush, Fisher et Lombardi ont insisté sur la nécessité pour l’incisive centrale d’être d’une taille suffisante pour dominer le sourire car toute composition est basée sur la prépondérance d’un élément majeur.

D’après J.F Lasserre qui a demandé à plusieurs observateurs de sélectionner « les beaux sourires », on trouve de plus grandes tailles d’incisives centrales que celles évoquées précédemment. Elles présentent en moyenne une hauteur de 11 mm pour une largeur de 9.6mm. Parmi ces belles incisives, 71% sont ovoïdes et 18.6 % sont rectangulaires et aucune dent triangulaire n’a été sélectionnée. Ainsi, de grandes incisives donnent la beauté du sourire, c’est ce qui a été développé du point de vue prothétique dans le concept de « l’incisive centrale dominante ». Il faudra donc en prothèse fixée toujours mieux accentuer les dimensions des incisives centrales plutôt que celles des latérales. Les belles incisives ont des hauteurs qui se situent entre 10 et 12 mm pour des largeurs de 8.5à 9 mm. (Laserre. J.F.,2008).

C’est pourquoi les dimensions des dents restent relatives. Pour définir les dimensions correctes des dents il est difficile d’invoquer des « nombres magiques » en raison de variations individuelles de l’usure proximale et incisive.

Principe de rythme

LOMBARDI et LEVIN mettent l’accent sur l’importance de l’ordre dans l’agencement des dents, le même rapport se produisant de l’incisive centrale à la première prémolaire, rapport qui correspond aux proportions du nombre d’Or : la partie visible de l’incisive centrale quand le sujet est observé de face est environ 60% plus large que la latérale, elle-même environ 60% plus large que la partie mésiale de la canine. Dans ces séries répétitives, chaque terme est égal à la somme des deux précédents.

COACHMANN quant  lui a défini la RED proportion ( Recurring Esthéticienne Dental proportion): il a introduit la possibilité de changer les proportions des dents en fonction du visage: la proportion d’Or pouvant être défini comme la RED proportion de 62%, qui ne serait qu’une des nombreuses proportions pouvant être appliquées

image

Toutes les proportions de grille géométrique n’ont jamais trouvé concordance parfaite avec des formes organiques. Alors le rêve d’obtenir une forme qui soit l’expression d’un ordre mathématique c’est-à-dire unique, parfaite et itérative à finalement disparu. ( Rufenacht.C ; 2000)

En effet, la perception de la symétrie, de la dominance et des proportions est cependant en rapport étroit avec la hauteur de la dent, le rapport largeur/longueur de la couronne, les angles de transitions et d’autres particularités de la forme dentaire. De ce fait, une stricte application de l’utilisation du nombre d’or s’est avérée excessive en dentisterie. D’après les mesures de Preston une adhésion stricte à cette règle aurait pour conséquence une étroitesse excessive de l’arcade maxillaire et un « compression » des secteurs latéraux. On peut noter que la forme et les angles inter-incisifs influencent la largeur de la dent. Il est rare d’observer un rapport entre les dents antérieures correspondant au nombre d’or. Cependant, la perception d’étroitesse est due souvent à l’ouverture des angles inter-incisifs entre les incisives latérales et les canines. Ces dents apparaissent plus minces qu’elles ne le sont réellement et l’on pourrait penser que c’est le nombre d’or qui les régit avec une dominance nette des incisives centrales. (Magne.P, 2003)

Ce qu’il faut retenir sur ces proportions:

Ratio hémisourire/demi bloc antérieur:61,8%

Quand on n’a plus du tout de référence sur un  édentèrent important, de prémolaire à prémolaire ou même de canine  canine, ce ratio nous permet de faire un gabarit: ce gabarit n’a pas valeur de certitude mais nous oriente: il est par la suite possible de faire des retouches pour adapter la situation de notre patient  à ce qui est le plus approprié.

Respecter les proportions naturelles des dents et se fixer des limites  ne pas dépasser:

Ceci pour éviter les tensions dans le regard.

Les proportions les plus  à respecter sont les proportions entre la largeur et la hauteur: entre 75% et 86% pour une incisive centrale maxillaire; on peut aller jusqu’à 90% mais c’est une limite  ne pas dépasser.

Par exemple dans le cas où l’on veut réaligner les collets d’une dents par rapport aux dents adjacentes, il est parfois tentant de faire une élongation coronaire: mais dans le cas d’une dent déjà un peu haute, on peut se retrouver avec des ratios un peu difficile…

Pour vous aider, il existe la jauge esthétique de Chu chez Hu Friedy: il existe des repères de couleur qui permettent de vérifier que les proportions des masques sont bonnes et donc d’éventuellement les retoucher.

Conclusion

Le nombre d’or est un terme souvent entendu dans le cadre de l’esthétique dentaire.  Cependant sa valeur sous forme esthétique et artistique peut être surestimée. Tout au plus il convient de le considérer comme un outil et non comme une règle. La proportion du nombre d’or rapportée à la dentisterie donne des rapports sur l’apparence des dents entre elles.

Bien que cela la règle d’Or donne des résultats plaisant en général, des études  ont montré que la majorité des « jolis sourires » évalués ne coïncide pas avec la formule exacte des proportions d’or. Les proportions comprises entre 57,7 et 80% sont aussi perçues comme esthétiques à condition qu’elles soient répétées et en harmonie avec le reste du sourire. Dans son livre, La Science et l’Art des Facettes en porcelaine,  le Dr Galip Gurel écrit : « Si la définition originelle de la proportion d’or est appliquée à la dentisterie alors nous assumons que toutes les dents antérieures affichent une relation qui est uniforme et parfaite pour tout le monde.  »

La réalité montre que cela est discutable car tout le monde ne possède pas la même morphologie du visage, des lèvres, les mêmes proportions et forme d’arcade dentaire. Une étude menée par PARIS faisant analyser des sourires à des dentistes et des patients démontre qu’il n’existe aucune corrélation entre le nombre d’Or et un sourire dit attrayant, car les sourires ayant été notés comme agréables ne répondent pas à la règle du nombre d’Or. De nombreuses études ont aussi révélées que le nombre d’or n’était pas un facteur commun dans les sourires. Selon l’étude de BRISMAN, la divergence de perception entre les dentistes et les patients est marquée en ce qui concerne la symétrie des 6 dents antérieures. Les patients préfèrent la symétrie horizontale et rejettent l’asymétrie tandis que les dentistes préfèrent un montage plus animé. Lors d ‘une restauration prothétique, les deux incisives doivent être construites de manière relativement symétrique par rapport au plan médian, cependant il existe toujours des variations entre le côté droit et le côté gauche d’un visage, d’un sourire, de telle sorte que dans la nature l’absolue symétrie n’existe pas.

Comme aime dire Luca Dalloca : les deux incisives centrales doivent être similaires mais différentes.