Comment améliorer la préparation de ses chirurgies complexes??

De nombreux échecs ont lieu suite à des choix inadéquats lors de la préparation des chirurgies ou lorsque l’impasse est faite sur celle-ci. Il importe donc de chercher à y apporter des remèdes:

1- Un renforcement de la sensibilisation des chirurgiens-dentistes au travers de compléments de formation est une voie à ne pas négliger. 2- Le renforcement des formations doit donc faire l’objet d’une démarche pédagogique adaptée, visant l’objectif que le chirurgien-dentiste omnipraticien se fixe lui-même, à savoir une pratique sûre dans laquelle il trouve son plaisir.

3- Une autre façon est d’inviter le chirurgien-dentiste lui-même à faire un diagnostic sur son état de préparation et à partir de là, de lui faire appréhender sa réelle aptitude (ou inaptitude) à entreprendre une chirurgie. Prenant conscience de ses propres lacunes, il sera plus enclin à accepter de renoncer à une chirurgie ou à accepter un complément de formation que dans d’autres circonstances il aurait refusé.

Renforcement de la formation initiale et de la formation continue

Les programmes de formation initiale et continue définissent clairement les connaissances et les savoir-faire à acquérir. Même si l’ensemble de ces notions est compris et bien restitué, on note que bon nombre de chirurgiens-dentistes ont du mal à établir un lien pertinent entre théorie et pratique et ce dans la quasi-totalité des matières qui concernent la chirurgie.

Par exemple :

• mauvaise représentation mentale des tracés d’incision et non réflexion sur le tracé d’incision avant le chirurgie .

• mauvaise compréhension de la notion  de lambeaux partiels ou totaux.

À noter que les notions d’échecs sont rarement développées en formation et que la documentation relative à ces échecs et à la gestion de ceux-ci reste confidentielle.

La formation doit être davantage centrée sur ce qui est attendu dans la pratique courante.

L’apprentissage doit aussi permettre au chirurgien-dentiste d’appréhender ses propres limites. Il est en effet nécessaire que pour ses chirurgies futures, le chirurgien  retienne des repères ( dans le temps et l’espace)  pour lesquelles il peut prétendre être globalement sûr. L’appréciation du formateur ainsi que les fruits de sa propre expérience permettent l’établissement et la mise à jour d’une grille de « minima personnels » qui servira de référence pour déterminer si les conditions permettent d’entreprendre une chirurgie ou pas.

En résumé la formation doit être fondée sur l’acquisition durable de compétences techniques et non techniques qui conditionnent la réussite d’une chirurgie en toute sécurité. Au-delà des connaissances théoriques, de l’habileté manœuvrière et des capacités à maîtriser les protocoles, elle doit s’appuyer sur l’acquisition de notions de conscience de la situation, de prise de décision, d’évaluation des risques. Elle se doit également de donner des outils au chirurgien-dentiste pour la gestion des risques et des erreurs.

Méthode du diagnostic du niveau de préparation 

La méthode consiste à donner au chirurgien-dentiste un moyen, peu avant de partir au bloc opératoire, de répondre d’une manière pertinente à cette double question :

ma chirurgie est-elle bien préparée ?

• suis-je bien prêt pour une telle chirurgie ?

Dans ce but, il faut qu’avant de s’engager dans cette chirurgie, le chirurgien-dentiste puisse faire un état des lieux exhaustif de son état de préparation. Il peut être guidé en cela par une série de questions qu’il serait bon qu’il se pose. Les questions n’ont pas la vocation d’un examen à choix multiple dans lequel il faut, pour réussir, cocher l’unique bonne réponse. Leur mérite est avant tout de rappeler au chirurgien tous les aspects des problèmes auxquels il est souhaitable d’avoir réfléchi pour prendre des décisions pertinentes. Le seul fait de ne pas pouvoir donner de réponse ou d’être surpris par la nature de la question est révélateur de lacunes dans la préparation. Les questions portent sur la totalité de la préparation d’une chirurgie, depuis son origine (alors qu’il n’est qu’un projet) jusqu’aux instants qui précèdent immédiatement la chirurgie. Elles prennent en compte tous les aspects de celle-ci y compris ceux qui restent généralement flous ou peu avoués comme les activités non techniques auxquelles se sont adonnés les acteurs dans les heures ou les jours qui précèdent la chirurgie. Certaines questions, posées dans le calme appellent des réponses presque évidentes. Mais dans l’ambiance , les décisions sont parfois altérées par des éléments extérieurs qui faussent les choix (stress, pression extérieure, etc.). Ceux-ci seront mis en évidence en marge des questions de manière à ce que le chirurgien décideur sache qu’il peut être influencé par des éléments qu’il ne soupçonne pas. Un chirurgien-dentiste peut être amené à sous-estimer l’intérêt d’une question s’il n’appréhende pas le risque qu’il encourt. En regard de chaque groupe de questions, figure le ou les risques qui se cachent derrière une non-réponse ou une réponse erronée. Une préparation de chirurgie complexe est complète et la chirurgie peut être envisagée si la quasi-totalité des questions a été visitée et si celles-ci ont reçu une réponse adaptée. Elle sera certainement insuffisante si certaines questions ne reçoivent pas de réponse où si les questions sont intuitivement rejetées.

Conclusion

Les propositions énoncées ci-dessus visent à ce que les chirurgiens-dentistes puissent être à la hauteur des situations rencontrées le plus couramment. Il ne s’agit pas d’en faire des érudits de la théorie  ni des maîtres du bistouri. Il s’agit ici de les sensibiliser sur le processus de décision qu’ils doivent suivre, non pas de façon plus ou moins consciente, mais de manière lucide et méthodique, à chaque étape de leur préparation. Ainsi, ils auront les moyens de juger si la chirurgie qu’ils souhaitent entreprendre est à leur portée, s’ils ont mis toutes les chances de leur côté et ce faisant, s’ils sont à même de mener à bien leur projet en se faisant plaisir et sans engager la sécurité. Mais savoir prendre des décisions demande une forme d’apprentissage. Peut-être faudrait-il porter un regard critique sur ce qui parfois distrait la formation de son but principal : la compétence. Ainsi serait-il utile de vérifier si le curseur est bien placé entre théorie « théoricienne » et connaissances indispensables et entre virtuosité et sûreté manœuvrière. Sur le sujet de la prise de décision qui nous occupe ici, une nouvelle approche pédagogique peut être proposée. Il s’agit de l’enseignement par mise en situation qui pourrait trouver son inspiration dans le concept anglo-saxon de « competency based training ».