Le Burnout du dentiste (1)

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Selon une étude menée par le cabinet Technologia spécialisé dans la souffrance au travail, 12,6% de la population active française présenterait un risque élevé de burnout, soit plus de 3 millions de français. Selon l’Observatoire National de la Santé des Chirurgiens-Dentistes (ONSCD), 48% des praticiens sont concernés par l’épuisement professionnel. Notre métier est considéré comme l’un des plus stressant après celui des policiers. Le burnout est donc un risque psychosocial majeur pour les chirurgiens-dentistes. De plus, la caricature négative du chirurgien-dentiste sans cesse véhiculée par les médias contribue au développement du burnout dans la profession.

Définition:

Le burn out syndrome est un terme anglais composé du verbe «to burn» qui signifie brûler, flamber et de l’adverbe «out». La communion des deux donne le verbe «to burn out» qui signifie échouer, s’user, devenir épuisé devant une demande trop importante d’énergie, de force, de ressources. Il évoque une combustion totale à l’image d’une bougie qui se consume entièrement, un individu peut se retrouver «vidé» de son énergie à la suite d’un engagement total pour son travail, après avoir épuisé toutes ses ressources.

Évolution du syndrome de burnout:

Au début, c’est l’enthousiasme idéaliste du débutant.

Fraîchement diplômé, le jeune praticien est comblé par ce nouveau statut socioprofessionnel qui fait suite à longues années d’études et qui lui procure une bonne estime de lui-même. Il s’engage pleinement dans son travail, est enchanté des nouvelles responsabilités auxquelles il doit faire face et du salaire confortable qu’il peut avoir. Il n’hésite donc pas à donner beaucoup de sa personne et à s’investir pleinement dans le traitement de ses patients, allant jusqu’à travailler tard le soir et le week-end. N’ayant pas l’expérience et le recul nécessaire, il veut à tout prix comprendre le patient et le prendre en charge sous toutes ces formes dans sa globalité, y compris les aspects familiaux et amicaux, débordant ainsi du cadre professionnel strict. Cette entrée dans le monde du travail constitue un changement important dans la vie, exigeant une adaptation à plusieurs niveaux. Cette énergie d’adaptation excessive et mal répartie, entraîne des modifications physiologiques que le jeune dentiste ne ressent pour l’instant pas et dont il ne peut prévoir l’impact négatif menaçant.

Au cours de la deuxième phase, s’instaure la routine du travail.

Recevant moins de reconnaissance qu’il n’en espère, le praticien se rend compte que la réalité n’est pas à la hauteur de ses attentes et de ses espérances au regard de l’investissement fourni dans son travail. Il se fatigue, se lasse et devient peu à peu frustré du manque de reconnaissance et des attentes irréalistes qu’il a parfois encouragées. Apparaît l’ennui, un manque de concentration, un lunatisme, de l’inattention voir un manque de vigilance. Une perte de confiance en soi et une remise en question de ses pratiques, de ses valeurs se mettent en place. Il doute de son efficacité et du bien fondé de son travail. Un changement d’attitude se profile puisqu’il évite les conflits ainsi que les contacts, que ce soit avec ses patients ou ses collègues, et met en place pour y parvenir des mécanismes de défense. Le déni, le refoulement et la fuite sont les moyens de protection qu’il utilise envers et contre tous, rejetant ainsi toute forme d’aide. Il commence alors à avoir recours à l’alcool, au tabac, à la suralimentation et à la consommation de médicaments pour faire face à ce mal être et cette lassitude.

La troisième phase est celle de l’inertie.

Le chirurgien-dentiste prend conscience d’un dysfonctionnement et d’un certain mal être qui lui incombent mais semble incapable de réagir. La modification de son d’état (fatigue chronique, consommation de substances addictives, troubles du comportement) est alors visible aux yeux de tous et on assiste à une détérioration de ses relations familiales et un changement de sa personnalité.

Puis une phase de destruction de la personne s’en suit.

La situation va s’approcher d’un point de non retour. Les symptômes de pessimisme, de perte de confiance en soi et de frustration se développent tellement que si le chirurgien-dentiste ne fait rien pour améliorer sa condition rapidement, il risque de sombrer dans l’apathie.

C’est alors que survient l’épuisement totale de l’énergie d’adaptation : le burnout.

Défini par une incapacité intrinsèque à gérer le stress et la frustration, le phénomène de burnout se développera chez le chirurgien-dentiste. Se sentant acculé sans porte de sortie, il finira par «lâcher prise», décompenser, et sombrer dans la déprime. Des symptômes concrets peuvent apparaître: alcoolisme, dépendance avérée aux stupéfiants, maladies physiques et troubles mentaux. Toutes ces conditions forceront le chirurgien-dentiste à suspendre son activité avec ou contre sa volonté.

Mesure du Burnout:

MBI : «Maslach Burnout Inventory» de Maslach et Jackson

Le MBI est actuellement la seule échelle existante pouvant mesurer de manière quantitative les 3 composantes du burnout décrit par Maslach et est à présent reconnu comme l’outil de référence utilisé pour les études portant sur le burnout particulièrement auprès des professions d’aideimage

Il se compose de 22 items et de 3 dimensions différentes : l’épuisement émotionnel (EE) évalué par 9 items, la déshumanisation (D) appréciée par 5 items et la diminution de l’accomplissement personnel (AP) évaluée par 8 items. Chaque item est noté en terme de fréquence coté de 0 (jamais) à 6 (chaque jour). A noter que l’échelle française utilisée est issue de l’ouvrage de P. Canoui et A. Mauranges (traduction Fontaine) . Il suffit ensuite d’additionner les scores des questions de chaque catégorie pour obtenir un score global définissant son niveau d’EE, de D et d’AP comme défini ci-dessous :

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Un niveau élevé de burnout se caractérise par un score élevé au niveau des dimensions «épuisement émotionnel» et «déshumanisation» associé à un score faible dans la dimension «accomplissement personnel».

Chaque score est obtenu en additionnant les valeurs (de 0 à 6) c’est à dire la fréquence selon laquelle la personne a ressenti l’expérience, l’émotion ou le sentiment de la dimension considérée.

Un niveau modéré de burnout se lira au travers de scores modérés sur chaque dimension.

Un faible niveau ou une absence de burnout peut être induit par un score faible dans la dimension «épuisement émotionnel» et «déshumanisation» associés à un score élevé «d’accomplissement personnel». Cependant leur présence simultanée chez un individu n’est pas nécessaire au diagnostic, en effet il est possible de détecter un processus en cours d’installation caractérisé par un score important d’épuisement émotionnel et de déshumanisation sans diminution de l’accomplissement personnel.

Source:dumas.ccsd.cnrs.fr

 

4 commentaires sur “Le Burnout du dentiste (1)”

  1. Je trouve cet article passionnant !! Est ce qu’il y aura un deuxième volet consacré au traitement ou aux solutions? Est-ce qu’un burn out survient forcément apres de nombreuses années d’exercice ou est ce qu’il peut apparaître précocément ?
    Merci

  2. bonjour Chloé, et merci pour ton commentaire.
    il y aura 2 autres articles concernant le burnout, un concernant les causes et l’autre concernant les solutions.
    Concernant l’âge, la communauté scientifique ne s’accorde pas quant à l’existence d’une intéraction entre l’âge et le burnout. On pourrait croire que l’expérience professionnelle est un élément protecteur du burnout, or il n’en est rien. Gorter constate que le risque de burnout n’augmente pas avec l’âge. Cependant, il constate qu’avec l’âge, la dépersonnalisation et la fatigue physique augmentent. De plus, lors d’une autre étude du même auteur datant de 2007, il ne relève pas de différence significative d’épuisement professionnel entre un groupe de chirurgiens- dentistes sortant de la faculté et ce même groupe 6 ans après. D’après Puriene qui a étudié les chirurgiens-dentistes lituaniens, l’âge et l’expérience permettraient une diminution de la nervosité et de la dépression associée au burnout et une augmentation de la résistance au stress. Parallèlement ces mêmes facteurs impliqueraient un risque plus élevé d’épuisement physique, d’anxiété et de solitude. Il est donc difficile, à l’heure actuelle, d’établir un lien entre l’âge et le burnout.
    N’hésite pas à t’inscrire à la newsletter pour recevoir dans ta boîte mail la notification des nouveaux articles.
    A très bientôt j’espère.

  3. Merci pour ta réponse détaillée ! J’ai mis le blog dans mes favoris et je continue régulièrement à le consulter, je trouve quil traite de plein d’articles pertinents et dont on a rarement l’occasion de parler!!
    Merci pour ce blog et bonne continuation!

  4. Ping : Le Syndrome du Sauveur | The Dentalist

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