le Burnout du dentiste (2): les causes

De nos jours, la dentisterie promet à ses membres de nombreux avantages : savoir, niveau de vie élevé, prestige social, liberté professionnelle enviable. Cependant cette élite ne semble guère plus heureuse que le reste de la population, à tel point d’ailleurs que des comportements, pouvant aller jusqu’au suicide, ont été observés chez ces professionnels de santé et ont suscité de nombreuses recherches.

Le dentiste comme les autres professionnels de santé doit maintenir en permanence une image idéalisée de lui-même dans des conditions de plus en plus difficiles. Il doit être porté par une vocation qui parce qu’elle tend à disparaître, laisse le public désemparé diminuant ainsi l’admiration et la reconnaissance. Le soignant est au cœur du soin mais doit être invincible, centré sur son patient et à l’écoute de tout le monde sans que ses problèmes personnels n’envahissent son environnement professionnel. On attend donc de lui qu’il soit en bonne santé ou dans le cas contraire que cela ne soit pas perceptible aux yeux de ses patients. Il est donc difficile pour lui d’avouer ses difficultés de santé, surtout quand elles sont d’ordre psychique, de peur d’être incompris ou discrédité. Cela complique grandement l’accès aux soins pour le dentiste bien qu’il y soit familier. Il a alors le plus souvent recours au déni, aux addictions et à l’automédication. On comprend ainsi que le soignant supporte, compense jusqu’à ce qu’il finisse par craquer

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CAUSES INTERNES ET EXTERNES

Les facteurs sont nombreux et variés, nouveaux ou familiers, réels ou imaginaires, internes ou externes, positifs ou négatifs, présents, passés ou anticipés. Un événement anticipé peut même être plus stressant que l’événement lui même. Par exemple, l’anticipation d’un traitement particulièrement délicat causera parfois plus de stress au dentiste que l’application de ce traitement. Les effets pernicieux de l’anticipation, de l’incertitude et de l’impuissance sont bien connus. Ces facteurs ont été associés soit au burnout mesuré ou perçu dans son ensemble, soit à une de ces dimensions : épuisement émotionnel, dépersonnalisation, manque d’accomplissement personnel.

A l’heure actuelle, aucune étude fiable n’a permis d’établir une relation causale entre les différents facteurs énoncés précédemment et l’épuisement professionnel. Il est donc difficile de classer ces facteurs et d’en déduire leur rôle. Ils peuvent être à la fois causes et/ou conséquences d’un burnout.

Certes, il existe des facteurs individuels tels que l’hygiène de vie, le type de personnalité, notre capacité à gérer le stress, mais il existe aussi des facteurs intrinsèques à notre métier de chirurgiens dentiste:

Relation avec les patients:

L’attitude des patients est un facteur souvent incriminé dans le burnout des professionnels de santé et est lié à la dépersonnalisation et au déficit de l’accomplissement personnel . Ceux qui souffrent de burnout estiment que les patients se montrent exigeants , formulent des demandes irréalistes, remettent en question leur autorité et leurs connaissances médicales et ils craignent des plaintes de leurs patients . A l’inverse, avoir des relations réussies avec les patients est perçu comme une gratification personnelle et professionnelle. Le stress relationnel est la principale source de stress pour le chirurgien-dentiste ce qui a pour conséquence une augmentation du taux de burnout.

Exigences et attentes irréalistes du patient : aujourd’hui les patients sont de plus en plus exigeants, notamment dans le domaine esthétique. Ils veulent être soignés rapidement et avec un résultat parfait. Cette impossibilité à répondre aux attentes n’est pas toujours facile à faire entendre aux patients et cela induit une pression supplémentaire pour le chirurgien-dentiste. La confrontation répétée avec des patients exigeants sur une longue période induit une perception de déséquilibre entre l’investissement personnel mis dans son travail par le praticien et la reconnaissance de ses compétences par le patient . Ce déséquilibre a pour conséquence l’épuisement des ressources émotionnelles du soignant. C’est la perception de ce déséquilibre plus que l’exigence réelle qui est associée au burnout .

Incivilité et agressivité : les actes d’incivilité sont présents sous forme diverses: répondre au téléphone pendant la consultation, retard ou rendez-vous manqué sans prévenir, réflexions déplacées voire irrespectueuses, non paiement des soins. Toutes ces déconvenues diminuent la motivation du praticien ainsi que son estime de soi. Les actes d’agressivité sont plus rares (insultes, menaces de porter plainte) mais ont, tout comme les incivilités, un impact sur la santé mentale des chirurgiens-dentistes .

Peur, anxiété, angoisse : le praticien est constamment confronté à ces émotions négatives en sachant que son intervention en est la cause. Cette anxiété empêche la détente du dentiste et alimente son propre stress. Un patient motivé et coopérant facilite le travail et diminue le stress du chirurgien-dentiste contrairement à un patient craintif et réticent. Les manifestations négatives de ce dernier risquent de provoquer une baisse de motivation et d’attention chez le praticien. Le traitement sera exécuté plus rapidement et donnera peut-être de moins bons résultats cliniques .

Problème d’acceptation du plan de traitement : l’acceptation et le suivi de son plan de traitement par le patient est indispensable à une bonne relation lors du déroulement des soins. Un patient qui ne respecte pas certaines règles comme les recommandations d’hygiène bucco- dentaire ou qui annule ses rendez-vous donne au praticien le sentiment d’être inefficace et inutile. Le dentiste est donc parfois confronté à ce dilemme : effectuer un traitement non indiqué et se plier ainsi aux exigences du patient ou ne par intervenir et renvoyer le patient chez lui. Cette situation est extrêmement frustrante pour le praticien qui se voit contraint de ne pas intervenir comme il a appris à le faire . Le praticien doit apprendre à se protéger de ces patients préjudiciables.

Manque de reconnaissance : souvent les patients ne reconnaissent pas le travail effectué et refusent parfois de suivre les conseils donnés par leur dentiste comme les recommandations d’hygiène pour le maintien du résultat. A la longue le dentiste se sent privé de gratifications, d’autant que la plupart des patients rajoutent à la frustration en se plaignant du coût élevé des traitements. Ces reproches et ce manque de reconnaissance peuvent être mis en relation avec l’image négative du dentiste véhiculée par les médias, souvent considéré comme un escroc qui se fait de l’argent sur le dos de ses patients. Cette dévalorisation de la profession dans l’opinion publique diminue l’accomplissement personnel du praticien .

Manque de communication : c’est l’élément clé de la relation patient/praticien. Bien que la pratique de la dentisterie favorise des actes techniques, il faut réussir à établir un mode d’échange efficace et agréable afin d’augmenter l’efficacité de cette relation.

Peur de l’échec et de la possibilité pour le patient de porter plainte : de nos jours, les patients sont de plus en plus procéduriers et n’hésitent pas à porter plainte ce qui est un facteur de stress supplémentaire pour le chirurgien-dentiste. La peur de l’échec est présente car le praticien sait que les conséquences juridiques, émotionnelles vont avoir un coût. Dans une étude britannique , plus de la moitié des chirurgiens-dentistes craignent des litiges ou des plaintes de leur patient ce qui est un facteur de risque supplémentaire de burnout.

Gérer les patients avec de lourds antécédents médicaux

Pluridisciplinarité:

Le praticien doit jouer plusieurs rôles : homme d’affaires, technicien, gestionnaire du personnel, professeur, dentiste ce qui demande un effort d’adaptation considérable augmentant sa charge de travail. La diversité des responsabilités peut accroître la pression que le chirurgien-dentiste subit.

Pression du temps:

Être à l’heure au rendez vous mais aussi dans l’avancé du traitement, travailler rapidement pour voir le plus de patients possibles, travailler constamment avec la pression du temps, être concentré pendant longtemps sans interruption entraînent une fatigue psychologique et physique . 64% des chirurgiens-dentistes révèlent que le facteur de stress le plus important pour eux est le retard pris sur l’emploi du temps. Cette pression constante est liée à l’épuisement émotionnel.

Charge de travail:

Le dentiste tend à une rentabilisation maximale de son temps pour accommoder le plus grand nombre de patients et ainsi faire face aux exigences financières de sa pratique. De plus, il se voit facilement alourdir sa journée de travail par l’accumulation d’imprévus comme la prise de rendez vous d’urgence entre deux patients, l’éternisation de certains rendez vous qui s’avèrent plus longs que prévu ou encore l’interruption des soins par des coups de téléphone par exemple. La charge de travail est un facteur objectif dont l’incidence sur le burnout est bien connue

Système de soins:

Les praticiens qui se plaignent de changements dans le système de soins de santé sont plus nombreux à présenter un épuisement professionnel élevé . Le passage de la NGAP à la CCAM a un coût en terme d’investissement émotionnel et de temps. En effet, il faut changer et réorganiser ses pratiques. Le praticien fait face à de nombreux bugs informatiques, empêchant la télétransmission et l’obligeant à utiliser des feuilles de soin pouvant à leur tour être refusées par de la sécurité sociale. Cela a pour conséquence le mécontentement des patients qui viennent se plaindre au cabinet. Il faut ainsi trouver une énergie suffisante pour faire face aux imprévus.

CONCLUSION:

Tous ces facteurs associés au burnout sont nombreux et variés et ne nécessitent pas d’être tous présents en même temps pour faire le tableau d’un burnout. La plupart des recherches sur les causes spécifiques du burnout ont mis en évidence des relations quantitatives entre différents facteurs psychosociaux de stress et la fréquence des symptômes des 3 composantes du burnout. Actuellement les facteurs de burnout sont assez bien définis mais leur multiplicité et leur inter dépendance ne permettent pas d’établir de relations causales. Le manque d’études de bonne qualité ne permettant pas d’établir clairement des liens de causalité, il convient davantage de parler d’association. Toutefois, il est possible de grouper des facteurs et d’établir des corrélations avec les manifestations du burnout. Selon Cooper, le burnout est dépendant de 3 catégories de facteurs :

– Les facteurs concernant la charge de travail et plus particulièrement les exigences quantitatives et qualitatives spécifiques à la tâche (nature et fréquence des sollicitations).

– Les facteurs concernant les contraintes d’ordre psychosociales et organisationnelles ainsi que les relations des professionnels de santé entre eux et avec leurs patients (responsabilité, rôle, perspective de carrière).

– Enfin certaines caractéristiques individuelles (personnalité, stratégies d’adaptation, attentes) peuvent augmenter ou réduire la susceptibilité au burnout.

Néanmoins dans l’accomplissement de leur travail, la majorité des chirurgiens-dentistes éprouvent une satisfaction professionnelle qui contrebalance dans une certaine mesure ces facteurs de stress.

Sources: dumas.ccsd.cnrs.fr.

 

8 commentaires sur “le Burnout du dentiste (2): les causes”

  1. Bonjour très beau blog bien documenté et agréable à lire. Juste une petite remarque : Dans le paragraphe  » gestion du temps  » il manque la fin de la phrase qui termine le paragraphe .

  2. Bienvenue sur le Blog Dana et merci pour ton commentaire encourageant. J’espère pouvoir continuer à trouver de nouveaux sujets qui intéresseront autant tous nos confrères. Concernant ta remarque sur la fin de la phrase, c’est réglé! A bientôt sur Arcad-dentaire.

  3. article tres interressant et réel:j’ai vecu cette situation en 2010 decembre.avec automedication (tramadol et alprazolam 5 a 6 par jours)
    a la fin tentative de suicide par medoc!
    depuis cela va mieux mais toujours sur le fil…c’est le metier de dentiste qui veut cela.sans medoc je ne peux me détendre dans mon exercice.bien a vous.

  4. Ping : L’Empathie et ses Limites | The Dentalist

  5. Bonjour,

    Je réalise un petit reportage sur le burnout chez les dentistes. Le film sera visible sur un site internet dédié et est à destination des professionnels. Il vise à comprendre et prévenir les symptômes d’épuisement au travail et à donner des conseils.

    Seriez-vous intéressé pour témoigner de votre expérience ?

    Je me tiens à disposition pour toutes vos questions,

    Bien cordialement,

  6. Bonjour Camille; je suis honoré de ta proposition, et ton projet semble très intéressante cependant, il ne me semble pas que je puisse t’être d’un grand secours… Je ne suis qu’un petit blogueur qui essaye d’échanger avec mes confrères, mais je ne suis absolument pas spécialiste sur ce sujet fort passionnant; n’hésite par contre pas à nous transmettre le lien de ton reportage dans les commentaires ;
    Bien toi.

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